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Béoumi - Sidi Touré : chaque individu impliqué répondra devant la justice (Interview)

Trois semaines après les affrontements de Béoumi dans le centre de la Côte d’Ivoire, entre les communautés baoulé (autochtone) et Malinké (allochtone) qui ont fait au moins 14 morts, 108 blessés, 300 déplacés et des dégâts matériels, Afrikipresse et l’Intelligent d’Abidjan ont rencontré SIDI TIEMOKO TOURE, député de Béoumi et ministre de la communication et des médias. Dans cet entretien il revient sur ces événements.

Intelligent d’Abidjan/ Afrikipresse : M. le ministre, concernant les incidents de Béoumi, que peut-on retenir à ce stade ?

Sidi Touré : Je voudrais avant tout propos, exprimer à nouveau ma compassion et celle de l’ensemble du Gouvernement aux familles des victimes de ces affrontements.

Pour revenir à ces évènements malheureux, que nous condamnons avec la dernière énergie, il faut noter que tout est parti d’une altercation entre deux individus du même secteur d’activité.

Ce que nous déplorons c’est le fait qu’une rumeur de décès ait entraîné autant d’agressivité de part et d’autre. Cependant, comme nous l’avons dit lors de nos différentes rencontres, les responsabilités seront situées et chaque individu impliqué répondra de ses actes devant la justice. Pour ce qui est de la situation actuelle à Béoumi, le calme est de retour ; nos populations vaquent à leurs différentes activités.

 

Des témoignages du côté baoulé disent que ces affrontements sont l’expression du refus de l’autorité des cadres baoulés par les Malinkés qui n’auraient pas encore digéré la défaite du candidat Traoré Yacouba face à l’actuel maire, Jean Marc Kouassi. D’autres témoins accusent l’actuel maire par contre de tirer les ficelles de la division. Avez-vous échangé avec le maire sur la question et quelle est sa version ?

Nous nous évertuons à traiter cette problématique sans tenir compte de toutes ces considérations et interprétations subjectives qui ne font pas avancer Béoumi. Il nous faut privilégier l’intérêt des populations et promouvoir le vivre ensemble.

C’est d’ailleurs dans ce contexte que le lundi 20 mai 2019 , nous avons eu à Abidjan, sous la bénédiction de la Reine NANAN AKOUA BONI II, reine des Baoulés, une rencontre d’informations et d’invitation à la recherche de la paix. Cette rencontre a abouti à la mise en mission de toutes les forces vives de Béoumi, qui ensemble, sillonneront tous les villages du Département à l’effet d’échanger avec les populations pour ramener le calme et la paix.

 

Justement pouvez-vous revenir sur ce qu’on peut retenir de cette réunion du 20 mai 2019 ?

Cette rencontre nous a permis d’arrêter une série d’actions qui se déclinent en trois étapes pour une meilleure gestion de l’après-crise.

Comme je l’ai dit tantôt, tous les cadres ont été mis en mission, le week-end suivant la rencontre, dans tout le département, afin de rassurer et informer les parents sur les dispositions prises par le gouvernement pour la sécurisation des personnes et des biens.

Ensuite, un Comité d’Ecoute et de Dialogue piloté par le Préfet de Béoumi, Monsieur Djedje Mel a été mis en place. Sa principale mission est d'œuvrer à la réconciliation et au renforcement de la cohésion sociale entre toutes les communautés vivant dans le département.

Enfin, une grande rencontre de ‘’dialogue, vérité et réconciliation’’ est prévue à Beoumi avec l’ensemble de la population. Elle sera dirigée par le Comité d’Ecoute et de Dialogue afin de crever l'abcès et mettre fin définitivement à toute cette vague de violence dans notre département.

Le corps préfectoral effectuera également des tournées de sensibilisation dans les différents villages avec l’appui des cadres pour réinstaurer le climat de paix et de confiance.

 

 

Lors de la rencontre de Béoumi le samedi 18 mai avec les différentes communautés belligérantes, le Général APALO TOURE a évoqué le risque d’une autre attaque. Prenez-vous cette information au sérieux ?

Nous travaillons avec l’ensemble des filles, fils et cadres du Département afin que plus jamais cela ne se reproduise dans notre cité. Nous avons également le soutien et l’appui du Gouvernement qui a pris toutes les dispositions afin de garantir la sécurité des personnes et des biens à Béoumi.

  

Dans la région dans la région du Gbêkê, Béoumi a été la seule localité qui a connu des affrontements lors des élections municipales et régionales du 18 octobre 2018 Qu’est-ce qui fait la spécificité de cette ville en pays Baoulé ?

Je ne sais pas s’il faut parler de spécificité, mais en tout état de cause, le caractère multiculturel de Béoumi en a toujours fait son charme. C’est vrai que nous avons connu des affrontements durant la période électorale mais cette situation est derrière nous, nous travaillons au développement de Béoumi.

  

Craignez-vous la résurgence du discours ivoiritaire en pays baoulé mais aussi en Côte d’Ivoire à l’approche des élections de 2020 ?

Nous nous souvenons des effets dévastateurs de ce genre de discours. Le jeu politique ne nous autorise pas à placer nos intérêts personnels au-dessus de l’intérêt général de la Nation.

J’invite donc les futurs candidats et les différentes chapelles politiques à utiliser le bon ton. Regardez vous-même d’où nous venons et regardez les progrès enregistrés à ce jour. C’est le fruit du travail de tous les ivoiriens, c’est le fruit de huit (08) années de stabilité et nous devons en être tous fiers.

La Côte d’Ivoire a besoin de poursuivre cette dynamique et pour se faire tous les ivoiriens doivent être des ambassadeurs de la Paix dans leurs maisons, sur leurs lieux de travail, dans leurs quartiers etc. C’est impératif !

 

Revenons aux derniers affrontements de Béoumi. Une enquête a été ouverte, quelles sont les sanctions prévues ?

Les investigations se poursuivent. La justice se prononcera sur la question à  l’issue de son enquête.

  

Le gouvernement a condamné les évènements de Béoumi et a promis son soutien aux victimes. Comment cela va-t-il se traduire sur le terrain ?

Le Gouvernement a instruit l’ensemble des Ministères concernés à l’effet de prendre en charge les frais médicaux de toutes les personnes blessées lors de ces évènements, de convoyer des dons en vivres et non-vivres aux personnes déplacées; et d’apporter assistance aux familles qui ont perdu un membre ainsi qu’aux personnes ayant vu leurs biens détruits ou saccagés. Cette action se poursuit.

 

 

 

Le PDCI-DRA dans une déclaration publiée dans la presse a fustigé le laxisme du gouvernement, un gouvernement pas trop proactif. Que répondez-vous ?

Je voudrais simplement appeler les partis politiques à la responsabilité face à ce genre d’évènements qui ne sont ni à politiser ni à instrumentaliser. Le Gouvernement a toujours été aux côtés des populations en œuvrant dans le sens de la cohésion sociale, de la réconciliation et du pardon. J’invite donc tous les acteurs politiques à s’inscrire dans cette dynamique.

 

Pensez-vous que c’est la seule façon de ramener la paix à Béoumi ?

Nous pensons que la Paix est déjà à Béoumi. Il faut juste la préserver. Et c’est là l’engagement de l’ensemble des filles et fils du Département. Nous allons poursuivre les actions que nous avons arrêtées, et ensemble, par le dialogue continu nous trouverons les solutions à nos problèmes.

 

Béoumi est au cœur des préoccupations du Gouvernement en matière de développement. Or, sans la paix il ne peut y avoir de développement durable. Comment comptez-vous sortir définitivement de cette spirale de crise à Béoumi ?

Comme je l’ai dit, cette situation est loin derrière nous. Nous sommes engagés à renforcer la cohésion sociale, à promouvoir davantage le vivre ensemble et à poursuivre le développement de notre localité. La Côte d’Ivoire est en marche sous la Présidence de SEM Alassane Ouattara, et Béoumi entend y contribuer.

 

Un dernier mot ?

Mon dernier mot est à l’endroit de tous les ivoiriens. Je voudrais appeler l’ensemble des populations à la retenue. La prise de conscience doit être collective. Nous devons privilégier le dialogue en toute circonstance afin que ce qui s’est passé à Béoumi ne se reproduise plus jamais sur l’ensemble du territoire ivoirien.

Réalisée par Philippe Kouhon pour Afrikipresse et l’Intelligent d’Abidjan

 

Dernière modification le 05/06/2019

A propos de l'auteur

Philippe Kouhon

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