Au moment où plusieurs pays de l’Afrique subsaharienne zone UEMOA affichent le désir d’assumer une certaine indépendance avec le retrait de l’armée française sur leur sol à l’instar du Tchad, du Sénégal ou encore de la Côte d’Ivoire après les pays de l’AES (Mali, Niger et Burkina Faso), il est bon de faire un constat : ce retrait de la France en Afrique, semble avoir un impact économique peu important pour Paris. Il constitue plutôt une série de défis majeurs pour les pays concernés. Analyse.
Une analyse sur les relations économiques entre la France et le continent africain révèle que ni la Côte d’Ivoire, ni le Tchad ou le Sénégal ne figure de nos jours parmi les principaux partenaires commerciaux, fournisseur de Gaz naturel, de matériaux stratégiques de la France.
Le retrait progressif de l’armée française de plusieurs pays africains suscite des débats sur ses répercussions économiques et sécuritaires. Des chiffres montrent que la France conserve des relations commerciales majoritairement axées sur l’Afrique du Nord et les grandes puissances économiques du continent, loin des zones Franc où l’influence de Paris est pourtant souvent jugée prépondérante. Si la France ne subira pas de conséquences majeures, les États demandant ce retrait devront faire face à des défis dans la lutte contre le terrorisme.
Une dépendance économique limitée
En 2024, le commerce extérieur français avec l’Afrique représentait environ 5 % de ses échanges globaux. Les principaux partenaires commerciaux africains de la France — Nigéria, Algérie, Maroc, Tunisie et Afrique du Sud — sont principalement situés en dehors de la zone Franc. La Côte d’Ivoire, premier pays de cette zone, atteint 2,4 milliards d’euros d’échanges, loin derrière les leaders économiques du continent.
Concernant les ressources stratégiques, la France dépend principalement de pays hors de la zone Franc pour son approvisionnement. Les importations de gaz naturel, de pétrole et de matériaux critiques tels que le cobalt ou le platine proviennent principalement de l’Algérie, du Nigéria, de l’Afrique du Sud et de la République démocratique du Congo. Aucun pays de la zone UEMOA n’est un acteur clé dans ces secteurs.
Investissements français en Afrique : une tendance déclinante
Bien que la France reste le deuxième investisseur en Afrique après le Royaume-Uni, ses flux d’investissements directs étrangers (IDE) connaissent une baisse constante depuis 2015. Ces IDE représentent 2,5 % du total des investissements français à l’étranger. Les principaux bénéficiaires, comme le Maroc (8 milliards d’euros) et le Nigéria (7,2 milliards d’euros), sont également situés hors zone Franc.
Des défis pour les pays demandant le retrait militaire
Sur le plan sécuritaire, les pays comme le Mali, le Niger et le Burkina Faso, qui ont amorcé le retrait des troupes françaises, font face à la menace des attaques terroristes. La sécurité régionale, autrefois soutenue par l’intervention militaire française, repose désormais sur des capacités locales souvent insuffisantes, malgré l’appui russe ou autre. Cette situation peut s’étendre à d’autres États de la région si le retrait se généralise.
Une France économiquement gagnante
Sur le plan sécuritaire, économique ou social, la France diversifie ses partenariats à l’échelle internationale et renforce sa présence en Afrique du Nord et dans d’autres régions stratégiques du continent. Ce repositionnement lui permet de maintenir son influence tout en se dégageant de zones jugées moins prioritaires.
Le retrait militaire de la France d’Afrique subsaharienne satisfait les demandes et aspirations souverainistes de certains pays. Toutefois, il ne représente pas une grande menace économique ou stratégique pour Paris. Pendant ce temps les États concernés restent confrontés à des enjeux sécuritaires exacerbés. À cet effet, ils devront faire preuve d’une résilience accrue pour gérer les conséquences de cette réorientation des relations bilatérales.
Philippe Kouhon