Portes d’entrée du continent, les ports africains sont à la fois vitaux pour l’économie africaine et essentiels pour la sécurisation des approvisionnements en matières premières des pays développés. Au rôle géoéconomique (exemple du port autonome d’Abidjan), s’ajoute un rôle géopolitique (exemple du port de Djibouti).
Le rôle essentiel des ports africains
● Le rôle géoéconomique : les échanges commerciaux internationaux, pour 90% de leur volume et plus de 80% de leur valeur, se font par mer. Selon la BAD (Banque Africaine de Développement, ce sont 92% des importations et des exportations de l’Afrique qui sont transportés par voie maritime. L’exemple du port d’Abidjan : plus grand port d’Afrique de l’Ouest, le port autonome d’Abidjan témoigne du rôle central des ports dans le commerce extérieur de certains pays. Il agrège à lui seul 90% des exportations de Côte d’Ivoire.
● Le rôle géopolitique : ce rôle géopolitique est évident pour les pays côtiers, mais aussi pour les 16 pays enclavés ou sans littoral qui n’ont pas un accès direct à une mer ouverte sur l’océan mondial. Pour participer au commerce maritime qui est essentiel pour eux, ils doivent donc traverser une ou deux frontières. L’exemple du port de Djibouti : le port de Djibouti est un exemple concret de cette imbrication des enjeux géoéconomiques, géopolitiques et géostratégiques dans le développement de la Corne de l’Afrique. Djibouti, grâce à son port situé sur une route maritime stratégique joue un rôle incontournable dans la résolution des crises politico-économiques et politico-sécuritaires en Afrique de l’Est.
Répondre aux défis du transport maritime mondial
Les grands noms portuaires africains existants, de plus en plus soumis à la concurrence de nombreux nouveaux méga-ports qui disposeront d’infrastructures plus performantes, devront, pour répondre aux défis du transport maritime mondial en constante évolution, s’agrandir, se moderniser pour être en phase avec les normes internationales, s’engager sur la voie des ports « intelligents » en se dotant des atouts de la révolution technologique et s’ouvrir à des partenariats stratégiques.
Consciente de l’importance du transport maritime, l’Union africaine a d’ailleurs publié, en 2019, une Stratégie africaine intégrée pour les mers et les océans (AIM 2050). Cette stratégie concerne les échanges vers et depuis l’extérieur, mais aussi les flux logistiques depuis l’hinterland vers les installations portuaires des pays côtiers. Sans ces flux logistiques, l’intégration régionale reste atone.
L’intégration se fera par la connectivité des réseaux ferroviaires et routiers avec les ports. La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) vise à renforcer le rôle des ports comme facilitateurs de l’intégration régionale et accélérateurs du commerce intra-africain. Or, les ports africains ne contribuent pas aujourd’hui à réduire suffisamment la dépendance du continent vis-à-vis de ses partenaires commerciaux non africains.
Obstacles à surmonter
Dans sa contribution, Mohamed H’Midouche (1) dresse la liste des obstacles à surmonter pour les ports africains : « 1. Déficits d’infrastructure – De nombreux ports africains souffrent de congestion, d’infrastructures obsolètes et d’une capacité limitée pour gérer les navires modernes. [Les ports africains] nécessitent des mises à niveau significatives pour rivaliser avec les standards mondiaux. 2. Gouvernance et gestion – Une gouvernance portuaire efficace est cruciale. Une faible transparence, des inefficacités bureaucratiques et la corruption peuvent dissuader les investissements et nuire à l’efficacité opérationnelle. 3. Préoccupations environnementales – Avec la pression mondiale pour adopter des pratiques logistiques vertes, les ports africains doivent investir dans des infrastructures et des opérations durables pour minimiser leur empreinte carbone. 4. Concurrence mondiale et dépendance – La concurrence intense entre les grandes puissances comme la Chine, l’Union européenne et les États-Unis pour l’influence dans le développement des ports africains pourrait engendrer des tensions géopolitiques ». Une dépendance excessive aux investissements étrangers risque de compromettre la souveraineté des Etats.
Les ports, un outil pour participer aux nouvelles dynamiques de la mondialisation
Ses ports constituent un outil incontournable pour permettre à l’Afrique de participer pleinement aux nouvelles dynamiques internationales géoéconomiques, géopolitiques et géostratégiques. En entrant dans la course du suréquipement et en se livrant une concurrence effrénée entre eux, les ports africains risquent de voir s’aggraver l’impact négatif des rivalités mondiales plus larges. L’Afrique doit travailler à une recherche de complémentarité entre ses ports, notamment à l’échelle régionale.
La Corne de l’Afrique a tout à perdre dans une concurrence entre Djibouti et Berbera (Somaliland) (3) pour capter des flux commerciaux et attirer les investisseurs étrangers. La difficulté est de trouver ce point d’équilibre entre concurrence et complémentarité. La compétitivité des ports africains doit être une compétitivité globale.
Les Etats africains, les organisations régionales, une organisation supranationale de dimension continentale comme l’Union africaine et les partenaires privés doivent travailler à cette complémentarité de plus en plus nécessaire au moment où s’affirme l’importance économique et stratégique du continent et où s’exacerbent, à l’échelle de la planète, les rivalités politiques.
Avec plus de 30 000 kilomètres de côtes et un accès au plus grandes routes stratégiques de l’océan-monde, l’Afrique, dont le potentiel est énorme dans ce domaine, possède tous les atouts pour devenir un acteur-clef du transport maritime, afin de de se développer et s’industrialiser.
SOURCES
1)Mohamed H’MIDOUCHE, économiste et banquier international, contribution postée le 4 janvier 2025 par Financial Afrik : « Les dynamiques portuaires en Afrique : une fenêtre sur l’évolution des paysages géoéconomiques et géopolitiques. »
2) Pierre d’Herbès (Herbès Conseil) : « En Afrique, la course aux hubs arrivera-t-elle à bon port ? », article posté le 24 Mai 2023 par La Tribune Afrique.
3) La coopération entre le port de Djibouti et le port de Berbera situé dans le Somaliland, qui a fait sécession avec la Somalie pour devenir indépendant en 1991, sans une reconnaisse internationale, relève d’un processus de pacification dans la Corne de l’Afrique. Un objectif difficile à atteindre.
Christian GAMBOTTI – Agrégé de l’Université – Président du think tank Afrique & Partage – Président du CERAD (Centre d’Etudes et de Recherches sur l’Afrique de Demain) – Directeur général de l’Université de l’Atlantique (Abidjan) – Chroniqueur, essayiste, politologue. Contact : cg@afriquepartage.org